Les initiales ornées de début de chapitre constituent une autre caractéristique de cette influence irlandaise dans les scriptoria continentaux. On a vu précédemment que cette origine est orientale mais le développement et loriginalité quen ont donné les enlumineurs irlandais ont fait de ces grandes lettrines une source dinspiration inépuisable pour lart abstrait.
Seules semblent lutter contre ce style ornemental les lettres anthropomorphes sorties de Corbie ( annexe 25) et qui constituera un des pôles du mysticisme fantastique que lon retrouvera sculptés dans la pierre des monastères, chapelles et églises médiévales.j Une simple lettre peut donner naissance à une profusion de formes mystérieuses qui semblent se rattacher à un monde dillusions incompréhensibles et pourtant admirables. Comme quand, perdus dans la brume nocturne dune forêt dense et obscure, on imagine parfois une multitude de monstres sortis des lianes qui étreignent des arbres centenaires. Limagination humaine, dans ces deux cas de figure, est capable des plus grandes prouesses.On comprend donc plus facilement ce rapport privilégié qui unissait la christianisation aux vestiges du paganisme. LEglise, en devenant premier client de la production artistique réussit à en prédéfinir les formes et à maîtriser lenracinement des superstitions et de ses habitudes fétichistes en lui donnant une identité chrétienne. Les lettrines peuvent être classées en plusieurs catégories parfois interdépendantes. Celles où les entrelacs ornent la tranche des initiales, très courantes au VIII°s (voir le Quaestiones in Heptateuchon, annexe 29 ou le Sacramentaire de Gellone, annexe 30.)kCelles, toujours entrelacées, entourées de décors animaliers (Quaestiones in Heptateuchon, fol 1r, Psautier de Corbie, annexe 42), entourant des personnages en scène (Psautier de Corbie, annexe 43, Evangéliaire St Médard de Soissons, annexe 39 de Londres, annexe 40),l celles plus rares présentant des motifs végétaux entrelacés (Evangéliaire dEbbon, annexe 41).mEnfin, au IX°s, fleurit le style des rinceaux entrelacés à chaque extrémité de la lettre (Livre des prophètes, annexe 44, Evangéliaire de Tours, annexe 46, dArras, annexe 49, Seconde Bible de Charles le Chauve, annexe 55/57).n
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